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Literature


Samedi 4 avril 2020 - Année de la BD


©Christian Cailleaux, Embarqué, Futuropolis, 2015

A Edimbourg, nous avons régulièrement le plaisir de rencontrer notre marine nationale lors de ses escales au port de Leith. Pour nous, « terriens », c’est le moment d’aborder un monde et un mode de vie très original. Pour aller plus loin, j’ai consulté un volume BD de Christian Cailleaux, Embarqué, qui m’a beaucoup intéressée.

C’est peu dire que l’auteur est attiré par les voyages, et surtout les voyages en mer. Depuis son service militaire au Congo Brazzaville à l’âge de 20 ans, il n’a cessé de sillonner le monde à travers les océans, animant des ateliers de dessin au gré de ses escales (en Afrique en particulier). Ces aventures sont une source d’inspiration. Il avait déjà cosigné avec Bernard Giraudeau un album relatant le tour du monde d’un jeune matelot à bord de la Jeanne d’Arc (R97, Les hommes à terre, 2008). Ce volume-ci se présente davantage comme un documentaire, un reportage dessiné. Ayant côtoyé pendant si longtemps des marins, l’auteur a voulu connaître leurs aspirations. Pourquoi se sont-ils engagés ? Et surtout, qui sont-ils, d’où viennent-ils. Au fil de ses entretiens et rencontres, c’est une galerie de portraits qui se dessine.

Puis, Christian Cailleaux s’interroge sur les objectifs de notre marine nationale. Ayant suivi plusieurs missions, il aborde les enjeux stratégiques et militaires, la place de la marine dans la dissuasion nucléaire. Les aspects économiques aussi par le biais de la marine marchande et les itinéraires du transport maritime. Et la recherche scientifique : il relate une très belle mission en terres australes et antarctiques françaises (Crozet, Kerguelen).

Une vue d’ensemble, sans concession, mais aussi et encore une fois, une invitation au voyage.

PS : C’est le moment de lire ou relire les deux magnifiques volumes d’Emmanuel Lepage sur des voyages en terres australes : Voyage aux îles de la désolation, 2011 et La lune est blanche, 2014 ; tous deux chez Futuropolis.


©Emmanuel Lepage’s Voyages aux îles de la desolation (Futuropolis, 2011) and La lune est blanche (Futuropolis, 2014)

In Edinburgh, we regularly have the pleasure of meeting our national navy when they are having a stopover at the port of Leith. For us, "earthlings", is the time to approach a different world and way of life. To go further, I consulted a comic book volume by Christian Cailleaux, Embarqué (‘Onboard’, which interested me a lot.

It is not enough to say that the author is attracted by travel, and especially sea travel. Since his military service in Congo Brazzaville at the age of 20, he has continued to travel the world across the oceans, running drawing-workshops during his stopovers (especially in Africa). These adventures are a source of inspiration. He had already co-authored with Bernard Giraudeau an album retracing the world tour of a young sailor aboard the Jeanne d’Arc (R97, Les Hommes à Terre (‘Men Ashore’), 2008). This volume presents itself more as a documentary, a drawn coverage. Having worked with sailors for so long, the author wanted to know their aspirations. Why did they join the navy? And above all, who are they, where do they come from. Through his interviews and encounters, a gallery of portraits emerges.

Then, Christian Cailleaux wonders about the objectives of our national navy. Having followed several missions, he addresses strategic and military stakes, the place of the navy in nuclear deterrence, the economic aspects through merchant navy and shipping routes, and scientific research recounting a beautiful mission in French Southern and Antarctic Territories (Crozet, Kerguelen).

An uncompromising overview but also an invitation to travel.

PS: It’s time to read or reread Emmanuel Lepage’s two magnificent volumes on trips to southern lands: Voyage aux îles de la désolation (Voyage to the Islands of Desolation) 2011 and La lune est blanche (The Moon Is White), 2014; both from Futuropolis.


©Article par Catherine Guiat. Traduction Solange Daufès


Jeudi 2 avril 2020 - Groupe de lecture : Metin Arditi, Le Turquetto, Actes Sud, 2011. Suivi de : Mon père sur mes épaules, Grasset, 2017



Mercredi dernier, le 25 mars, le groupe de lecture de la bibliothèque de l’Institut français d’Ecosse aurait dû se réunir pour une discussion autour du Turquetto , roman sans doute le plus connu de Metin Arditi. Les circonstances étant ce qu’elles sont, nous devrons reporter cette séance à plus tard.

Cependant, je me permets de proposer quelques notes de lecture pour entamer le débat. Le parcours de l’auteur tout d’abord attire l’attention: Metin Arditi est originaire de Turquie, mais il vit en Suisse depuis l’âge de 7 ans et a choisi le français comme langue d’écriture. Ce parcours individuel, certes porteur de richesses mais également douloureux l’a conduit à construire ses livres autour des thèmes de l’exil et de la rencontre entre les différentes cultures et religions.

Le Turquetto ne fait pas exception à la règle. Au cœur de l’intrigue : L’homme au gant, un portrait attribué au Titien et exposé au musée du Louvre. L’auteur précise dès l’abord, dans une note au lecteur, que la signature du tableau présente une anomalie chromatique qui a entrainé un certain nombre d’interrogations. Ce tableau ne serait pas l’œuvre du Titien ? Serait-il l’œuvre d’un de ses élèves, un peintre extrêmement talentueux que le Titien prénommait Le Turquetto, ou le petit Turc ? Si le Turquetto a existé, son œuvre ne se limiterait pas à un seul et unique tableau ?

Alors, Metin Arditi entame son récit… nous sommes en 1531 à Constantinople et nous suivons le parcours du jeune Elie Soriano né de parents juifs en terre musulmane. Avide de développer sa passion pour l’art, il fréquente, à l’insu de son entourage, les membres des communautés environnantes : Djelal, le fabricant d’encres, le pope Efthymios…

Et bien sûr, c’est Venise qui l’attire, le cœur de la Renaissance italienne, le rassemblement d’écoles prestigieuses. C’est aussi pour lui, la possibilité d’exprimer son art sans se heurter aux interdictions du Deutéronome (« Tu ne feras point d’images…de représentations des choses du ciel et de la terre…). Sous la direction de son maître, Le Titien, l’art du Turquetto atteint des sommets de perfection. Il apporte à la civilisation de la Renaissance sa formidable connaissance des textes bibliques et la tradition artistique byzantine. Quand son maître s’oriente vers une peinture plus « évanescente », leTurquetto se rapproche de la tradition de la calligraphie ottomane et recherche des contours nets. Son œuvre est de plus en plus « marquée par le disegno ».La soif de création s’accompagne d’une réflexion sur le pourquoi de l’art. La force d’Elie est d’avoir su peindre « l’humanité dans sa puissance et son espérance ».Plus tard, en repensant à son œuvre, « Il se souvint du sentiment qu’il avait eu, chaque fois, de vivre la condition humaine, d’être une partie d’elle. »

Autre question abordée : l’art et le pouvoir. Plus le Turquetto devient célèbre, plus il se rapproche des tenants du pouvoir. Il se retrouve au centre de luttes fratricides entre représentants des pouvoirs temporel et spirituel, entre les différentes écoles et les commanditaires. Pour avoir refusé de plier, il s’est brûlé les ailes.

Enfin, dernier aspect qui a attiré mon attention, la figure du père. Metin Arditi aborde souvent la question des difficultés de la filiation dans ses écrits. Ce regard du père est essentiel dans Le Turquetto ; en témoigne l’organisation même du récit. Le début du roman s’attarde sur le conflit larvé qui oppose Elie à son père : un homme malade, profondément diminué, exerçant une activité professionnelle réprouvée : assistant d’un marchand d’esclaves. Un homme qui ne comprend pas les aspirations de son fils. C’est l’exil qui permettra à Elie de s’accomplir. A la fin du roman, Elie est de retour à Constantinople. Il s’occupe du vieux mendiant et infirme Zeytine. Les gestes qu’il n’avait pas eu pour son père agonisant, il sait les trouver auprès du vieux Zeytine…et peu à peu, ses pensées le rapprochent à nouveau de son père, il trouve « l’humilité ».

J’ai souhaité en savoir un peu plus, je suis donc allée consulter un petit texte de Metin Arditi, paru en 2017 où il s’exprime douloureusement sur ses relations avec son père :Mon père sur mes épaules. C’est l’occasion pour l’auteur de revenir sur son enfance en Turquie, puis son placement en internat en Suisse dès l’âge de 7 ans. Il évoque avec beaucoup de tristesse l’absence des siens et le manque de reconnaissance de ce père souvent distant. Cette relation manquée est omniprésente dans ses romans : « J’ai mis dans mes romans autant de mon père que j’ai pu, de la même manière que j’utilise son stylo-plume, son porte-clés et sa montre ». A la fin du récit, Metin Arditi revient sur ce qu’il présente comme une forme de réconciliation avec son père, lorsque celui-ci lui avait souhaité pour ses 50 ans : « …plein de succès…Tout en restant un homme droit, intègre, et surtout humble. » Humble, comme le Turquetto à la fin de sa vie.


Last Wednesday, March 25, the reading group of the library of the French Institute in Scotland should have met to discuss the Turquetto, arguably the most well-known novel by Metin Arditi. Circumstances being what they are, we had to postpone this meeting.

However, I would like to offer a few reading notes to start the debate. The author’s career first attracts attention: Metin Arditi is originally from Turkey, but he has lived in Switzerland since the age of 7 and chose French as his language of writing. This individual journey, certainly rich but also painful, led him to build his books around the themes of exile and the encounter between different cultures and religions.

The Turquetto is no exception to the rule. At the heart of the plot: The man with the glove, a portrait attributed to Titian and exhibited at the Louvre Museum. The author first points out in a note to the reader that the signature of the painting presents a chromatic anomaly that has led to a number of interrogations. Would this painting actually not be the work of Titian? Could it be the work of one of his students, an extremely talented painter whom Titian named Le Turquetto, or the little Turk? If the Turquetto did exist, would his work not be limited to a single painting?

So, Metin Arditi begins his story... we are in 1531 in Constantinople and we follow the path of the young Elie Soriano born of Jewish parents in a Muslim land. Eager to develop his passion for art, he frequented, without the knowledge of his entourage, members of the surrounding communities: Djelal, the ink maker, the pope Efthymios...

And of course, it is Venice that attracts him, the heart of the Italian Renaissance, where prestigious schools are gathered. It is also for him, the possibility to express his art without running into the prohibitions of Deuteronomy ("You will not make images... representations of things from heaven and earth...). Under the direction of his master, Titian, the art of Turquetto reaches levels of perfection. He brings to Renaissance civilization his formidable knowledge of biblical texts and Byzantine artistic tradition. When his master turned to a more "evanescent" painting, the Turquetto approaches the tradition of Ottoman calligraphy and searches for clear contours. His work is increasingly "marked by the disegno." The thirst for creation is accompanied by a reflection on the meaning of art. Elijah’s strength is that he was able to paint "humanity in its power and hope." Later, reflecting on his work, "He remembered the feeling that he had, each time, of living the human condition, of being a part of it."

Another question raised in the book relates to art and power. The more famous the Turquetto becomes, the closer he becomes to the proponents of power. He finds himself at the centre of fratricidal struggles between representatives of temporal and spiritual powers, between different schools and sponsors. For refusing to bend, he burned his wings.
Finally, the last aspect that caught my attention is the figure of the father. Metin Arditi often addresses the difficulties of parentage in his writings. The father’s gaze is essential in Le Turquetto; evidenced by the very organisation of the story. The beginning of the novel dwells on the languishing conflict between Elijah and his father: a sick man deeply diminished, carrying out a condemned professional activity (slave trader’s assistant); a man who doesn’t understand his son’s aspirations. It is exile that will allow Elijah to fulfil his desires. At the end of the novel, Elijah is back in Constantinople and is taking care of the old beggar and crippled Zeytine. The gestures he did know how to use for his dying father, he knows how to find them with the old Zeytine ... and little by little, his thoughts eventually bring him closer to his father.
I wanted to know a little more, so I went to consult a little text by Metin Arditi, published in 2017 where he speaks painfully about his relationship with his father: Mon père sur mes épaules (My father on my shoulders). This is an opportunity for the author to look back on his childhood in Turkey, and on his placement in boarding school in Switzerland at the age of 7. He evokes with great sadness the absence of his family and the lack of recognition of this often distant father. This failed relationship is omnipresent in his novels: "I have put in my novels as much of my father as I could, in the same way that I use his fountain pen, his key ring and his watch." At the end of the story, Metin Arditi looks back on what he presents as a form of reconciliation with his father when he wished him for his 50th birthday "... lots of success... while remaining a good, honest, and above all humble man. » Humble, like the Turquetto at the end of his life.


©Article par Catherine Guiat pour le groupe de lecture.


Mardi 31 mars 2020 – Un peu de lecture !



Cette semaine nous vous recommandons Le guérisseur des Lumières par Frédéric Gros, 2019, Albin Michel, un petit volume dont on a finalement peu parlé lors de la rentrée littéraire 2019.

L’auteur, Frédéric Gros, Professeur de pensée politique à Sciences Po, relate la vie et les expériences de Franz-Anton Mesmer. Ce guérisseur avait fait paraitre un mémoire sur la découverte du magnétisme animal en 1779; son idée étant que les fluides qui traversent les corps peuvent traiter les maladies en rétablissant un ordre idéal. Frédéric Gros, par le biais d’une correspondance épistolaire fictive de Mesmer, retrace les grandes étapes de cette aventure. Surtout il la replace dans l’effervescence de l’époque : l’Europe des Lumières, la soif de liberté et le développement de pensées alternatives. C’est dans cette atmosphère que Mesmer va jouir d’une grande popularité tout en étant conspué par la médecine officielle. Le roman s’attarde également sur l’élan musical de l’époque (Mozart, Haydn…). En effet, Mesmer, grand amateur de musique et lui-même violoncelliste, accorde une large place à l’éveil du sens musical. Selon lui, les sensations immédiates doivent primer sur l’acquisition d’une pensée livresque. Un roman court, passionnant, à l’écriture précise et alerte.

Cette lecture m’a fait repenser à un récit de Joseph Kessel qui m’avait beaucoup intéressée il y a quelques années : « Les mains du miracle » (Gallimard, 1960). Le contexte est très différent, seul reste le thème du magnétisme. L’histoire se déroule pendant la deuxième guerre mondiale : le Docteur Felix Kersten, utilisant ses dons de magnétiseur, accepte de devenir le médecin d’Himmler afin de le soulager de ses maux d’estomac. Il utilisera sa position pour sortir de nombreux Juifs de l’enfer. A lire ou à relire.

This week, we recommend reading Le guérisseur des Lumières by Frédéric Gros, 2019, Albin Michel. This short book (180 pages) has received little public coverage since its publication in 2019.

The author Frédéric Gros (a professor of Political Thinking and Philosophy in France) relates the life and experiences of Franz-Anton Mesmer. Mesmer, known to be a healer, published a memoir on animal magnetism in 1779 theorising that fluids passing through bodies can treat diseases by restoring an ideal order. In the book, Frédéric Gros narrates the great stages of this discovery through a fictive epistolary correspondence with Mesmer and by placing the narrative within its historical context and effervescence – the Lumières (“enlightenment”) time. Mesmer was very popular despite being rejected by the official medical representatives. The novel also considers the musical atmosphere of the time, with Mesmer being a fond amateur of music and a cellist praising musical awakenings. According to him, immediate and real sensations must prevail upon literary theories. To resume, this is a short but interesting novel accurately written.

Reading this book also reminded me of Joseph Kessel’s The Man with the Miraculous Hands (1960), translated by Helen Weaver. The context is different but the theme, magnetism, remains the main focus. The story takes place during World War II where Dr. Félix Kersten used his magnetism to become Heinrich Himmler’s private doctor and alleviate his severe stomach pains. Kersten ended up using his position to help numerous innocent Jewish prisoners escape their hell. To read or re-read.


©Article par Catherine Guiat. Traduction Solange Daufès


Samedi 28 mars 2020 - Quand la BD s’invite au cinéma…

La livraison du jour : Trois Bandes dessinées qui se proposent d’approcher des monstres sacrés du cinéma français. What’s on for today : Three comics based on three giants of French cinema.



©Mathieu SAPIN, Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu, Dargaud, 2018

Citons tout d’abord Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu de Mathieu Sapin. Mathieu Sapin est bien connu des amateurs de BD pour ses œuvres pour la jeunesse, en particulier la série des Akissi et sa contribution au mensuel J’aime lire. Il s’est illustré dans le reportage BD en relatant la vie quotidienne à l’Elysée (Le château, 2015) ou en suivant la campagne du candidat Hollande en 2012 (Campagne Présidentielle, 2017)

Dans son dernier volume, Mathieu Sapin nous fait le récit de son voyage en Azerbaidjan aux côtés de Gérard Depardieu en 2012. Il devait en effet l’accompagner pour filmer un reportage pour Arte sur les traces d’Alexandre Dumas dans cette région. Avec beaucoup d’humour, Mathieu Sapin raconte sa rencontre finalement fortuite avec Depardieu. Comment il fut d’abord intimidé (avec Depardieu « ça passe ou ça casse ») puis accepté : Depardieu l’invite au restaurant, à la piscine de l’hôtel…et lui donne toute latitude pour mener son travail à bien. C’est donc un portrait de ce monstre sacré du cinéma qui nous est livré ici : un personnage extrême, truculent, entre fascination pour Poutine et la gastronomie (pour Mathieu Sapin c’est un difficile « marathon de la bouffe »). Un Depardieu d’une grande gentillesse parfois, cruel d’autres fois. Mais surtout un personnage émouvant, qui s’attarde longuement sur la mort, qui trouve difficile de parler de ses films, qui n’accepte pas son image (« Putain, même en BD je peux plus me voir »). Mathieu Sapin signe ici un très bel essai de biographie.

Let’s begin with Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu (Gérard, five years hanging around Depardieu) from Mathieu Sapin. Mathieu Sapin is well known for his children comic books such as the Akissi series or his monthly contribution to J’aime Lire. He is also famous for his coverage of the daily lifestyle at the Elysée (Le château, 2015) or even for following François Hollande’s presidential campaign (Campagne Présidentielle, 2017) through his comics.

In this comic, Mathieu Sapin recounts his travel alongside Gérard Depardieu in Azerbaidjan in 2012. He was there to assist in filming a documentary for Arte following the steps of Alexandre Dumas. He describes with humour his first encounter with Depardieu and how he was at first intimidated by the character but became finally accepted with invitations to restaurants, the hotel’s pool, etc. and by eventually receiving the blessing to create his comic book the way he wished to. Accordingly, this book offers a portrait of this sacred cinema character: someone extreme, truculent, fascinated by Poutine and by gastronomy (for Mathieu Sapin this will be a difficult “food marathon”). Depardieu, often very kind and at other times cruel, is, after all, described here as a moving person who dwells at length on death, who finds difficult talking about his own movies, and who does not accept his own image (“Fuck, even in comics I hate myself”). Mathieu Sapin offers here a beautiful biographical comic book.




©Arnaud LE GOUEFFLEC et Stéphane OIRY, Lino Ventura et l’œil de verre, Glénat, 2019

Autre monument du cinéma français, Lino Ventura, dont Arnaud Le Gouefflec et Stéphane Oiry ont dressé un portrait tout en délicatesse. Par le biais d’entretiens fictifs avec un journaliste, Lino Ventura se livre peu à peu. Il aborde son enfance en Italie puis son arrivée à Paris, ses exploits de catcheur avant de se lancer dans le cinéma bien malgré lui (« J’ai bien fait acteur. Et je peux vous dire que c’est vraiment le fruit du hasard »). Il est question d’amitiés fortes, en particulier avec José Giovanni mais aussi de brouilles : quand on pense qu’il n’adressait plus la parole à Jean-Pierre Melville lors du tournage de L’armée des ombres, chef d’œuvre du cinéma français ! Les auteurs évoquent aussi son intransigeance quant au choix des scénarios : il aurait pu jouer dans « La chèvre » aux côtés de Pierre Richard, à la place de Depardieu !

Ce portrait d’un homme pudique, très réservé est magnifiquement porté par les dessins de Stéphane Oiry . A l’aide d’un tracé précis et sombre, il s’attache à saisir le regard de Lino Ventura et d’une certaine manière, l’oppose à la caméra (« l’œil de verre »).

Another cinema monument, Lino Ventura. Arnaud le Gouefflec and Stéphane Oiry have portrayed Lino Ventura with delicatessen in their comic book written with fictional interviews between Lino Ventura and a journalist. Lino Ventura begins by describing his childhood in Italy, his arrival in Paris and his skills as a wrestler before recounting how he ended up in the cinema industry ("I was once an actor. And that was purely by chance"). The comic recalls strong friendships, in particular with José Giovanni, but also some troubles, such as the quarrel with Jean-Pierre Melville during the filming of Army of Shadows, a masterpiece of French cinema! The authors also evoke Lino Ventura’s intransigence in regards to scripts: he could have played in La Chèvre (The Goat) alongside Pierre Richard instead of Gérard Depardieu!

Stéphane Oiry’s drawings beautifully depict Lino Ventura’s modest and reserved personality. With a precise and dark trait, he captures Lino Ventura’s glaze and, in some way, opposes it to the camera.




©François DIMBERTON et Alexis CHABERT, Louis de Funès, une vie de folie et de grandeur, Delcourt, 2014

Dernier portrait , et sans doute plus classique dans sa forme : Louis de Funès. Pas à pas, François Dimberton retrace la biographie du comédien aux célèbres mimiques, de ses débuts difficiles au cinéma à la gloire tardive. Ici encore il est laissé une large place aux rencontres : avec Gérard Oury, dès 1949 puis son amitié avec Bourvil (qui n’avait pourtant pas débuté sous les meilleurs auspices)…pour aboutir à l’immense succès de La grande vadrouille, pari risqué car le film avait coûté une fortune à l’époque ! Il est aussi question de relations plus distantes avec Jean Gabin, voire conflictuelles avec Edouard Molinaro (ce qui n’a pas empêché l’immense réussite d’Hibernatus).

C’est un vrai plaisir de redécouvrir de nombreuses citations de ces films cultes, qui nous ont tant fait rire et qui n’ont pas pris une ride ! Enfin, le dessin tout en délicatesse d’ Alexis Chabert insiste aussi sur un autre aspect du personnage : un homme qui pouvait être très discret et d’une grande douceur.

Last comic book, without doubt, the most classical in its form: Louis de Funès. François Dimberton retraces the biography of the comedian from his struggling first steps in the film industry to his late glory. Here again, the author decided to give importance to Louis de Funès encounters with Gérard Oury, with Bourvil (even though their friendship did not start well at first) and many others... up to his immense success with La Grande Vadrouille, a risky bet at the time considering how much money was involved in the production of the movie! The comic also narrates more distant relationships like the one with Jean Gabin or even conflictual ones with Edouard Molinaro (which eventually did not prevent the success of Hibernatus).

It is a real pleasure to rediscover some of the quotes from these famous movies, quotes that made us laugh and that are still accurate nowadays! Finally, the delicate drawings of Alexis Chabert shed light on another aspect of Louis de Funès, his discreet and sweet side.


©Article Catherine Guiat. Traduction Solange Daufès


Mardi 24 mars 2020 – La Solidarité mise à l’honneur par Alain Mabanckou


© Editions Points

Nous souhaitons faire circuler la lettre de soutien et d’appel à la solidarité qu’Alain Mabanckou a adressée à la France au sujet de ces temps d’incertitudes et de réclusion forcée. Alain Mabanckou, originaire du Congo Brazzaville, a fait ses études à Nantes avant de s’orienter vers la littérature. Il est l’auteur, entre autres, de Verre cassé et Mémoires de porc-épic (prix Renaudot 2006). Alain Mabanckou est venu en Ecosse en 2015 pour participer au Festival International du Livre et à un évènement littéraire à l’Institut français. A cette occasion il nous avait fait une très belle lecture de son livre Lumières de Pointe-noire, consacré au souvenir de sa mère et dans lequel il explore avec beaucoup de mélancolie les thèmes de l’exil et de l’absence. Alain Mabanckou est également un passionné de langage et de francophonie. Il aime par dessus tout voyager et rencontrer des auteurs francophones à travers le monde (Le monde est mon langage, 2016). Si aujourd’hui tout déplacement est proscrit en raison des circonstances, il nous reste le langage et les trésors de la littérature.

We were honoured to receive the Franco-Congolese author Alain Mabanckou at the French Institute in Scotland in 2015 where he talked about his book The Lights of Pointe-Noire devoted to the memory of his mother and his family members and where he explores the themes of exile and absence. On Sunday, he wrote a supportive letter to France with a call to solidarity against, what he describes as, the ‘imperceptible enemy’. Alain Mabanckou was born in Congo Brazzaville and studied in Nantes (France) before moving towards literature. He is the author of numerous books such as Broken Glass and Memoirs of a Porcupine for which he received several prizes. Alain Mabanckou is a language and francophone enthusiast, passionate about the World and travelling. If today movements are restricted, we thankfully still have the language and the treasures of literature.


© Photo Shevaun Williams

"Los Angeles, le 22 mars 2020,

Chère France,

Je suis loin de toi, pourtant plus que jamais proche de ton cœur en ces temps où le monde doute de lui-même, agressé par un ennemi imperceptible. Les conséquences désastreuses de ces attaques ont considérablement changé notre manière de nous témoigner notre amour. Si je ne peux à présent t’embrasser, te prendre la main ou te chuchoter les mots les plus tendres, mes pensées, elles, n’ont jamais été aussi fortes que pendant cette période de confinement.

La Californie où je réside a, elle aussi, limité les mouvements des individus, les réduisant à demeurer en permanence dans leur domicile. Je lis avec attention tes nouvelles qui traversent l’Atlantique, je me réjouis des énergies que tu déploies, et c’est toujours ainsi que tu as souvent surmonté les épreuves les plus tragiques de ton histoire.

Dans mes prières quotidiennes, je pense aux personnes les plus fragiles, aux démunis, à celles qui risquent leur vie pour nous, à celles qui proposent leur humilité et leur générosité en réponse à la propagation de cette pandémie qui ne nous laisse pas pour l’heure entrevoir le bout du tunnel d’où proviendrait la lueur salvatrice du soulagement.

Dans cette atmosphère, nos querelles habituelles ne deviennent plus que des échos insipides, et tout ce que nous avons jusqu’alors pris pour acquis affiche désormais un coût hors de notre portée, quelle que soit notre classe sociale.

J’ai appris depuis mon pays d’origine, le Congo-Brazzaville, que le malheur a la mémoire courte et la vue réduite. Il se moque des mappemondes, des noms de contrées et entre chez vous sans frapper à la porte. Notre ultime bouclier a pour nom solidarité. Mais nous avons perdu son sens pour le règne impitoyable du chacun pour soi. Nos illustres écrivains nous ont pourtant dissuadé d’emprunter cette sente de l’égocentrisme.

Pour Victor Hugo, « le propre de la solidarité, c’est de ne point admettre d’exclusion ».

Dans Terre des Hommes Saint-Exupéry a noté des propos qui prennent actuellement une résonnance particulière :

« En travaillant pour les seuls biens matériels nous bâtissons nous-mêmes notre prison. Nous nous enfermons solitaires, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre. »

Des mots qui devraient pousser à la réflexion celles et ceux qui estiment que leur survie individuelle est au-dessus de l’urgence de la pérennité du genre humain…

Mais, chère France, la solidarité que nous réclamons aujourd’hui devrait également prévaloir demain lorsque le soleil reprendra majestueusement son cycle, satisfait d’avoir enfin consumé l’armée de ces bêtes terribles qui, dans leur capacité d’ouvrir les batailles sur tous les fronts, s’imaginaient défaire notre planète en s’appuyant sur notre impréparation.

Nous sommes une chaîne dont chacun des maillons, même les plus minuscules, contribue à la concordance et à l’équilibre de notre existence…

Alain Mabanckou"

©Article écrit par Catherine Guiat. Lettre venant de l’article France Inter
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Institut Français Écosse 2020